20.1.16

Un an de gémellité

 
Hippolyte : 5,4kg et 61cm
Lancelin : 7,9kg et 71cm

Voilà, le premier cap est passé, les affreux ont un an. Je crois que ça a été la pire année de ma vie, et la meilleure. Un début de maternité des plus désastreux : une césarienne et deux bébés dans un hôpital différent chacun. Apprendre à être mère en regardant par la fenêtre de couveuses des bébés qu'on ne peut à peine toucher sans autorisation, les laisser aux bons soins des infirmières et puéricultrices pendant un mois et demi pour l'un et deux mois et demi pour l'autre. Vivre des journées et nuits éreintantes quand un Crapaud était à la maison et son Triton de frère toujours à l'hôpital pendant encore un mois. Puis avoir les deux à la maison. L'un au sein, l'autre au biberon. Les deux régurgitant beaucoup. Aller plusieurs fois aux urgences pédiatriques à cause de la hernie inguinale du plus petit, du plus fragile, du plus sensible des bébés. On le qualifiait d'irritable : il avait juste le corps d'un bébé qui ne devrait toujours pas être né. Il a passé la barre des 3kg alors qu'il avait 5 mois. Son frère, à côté, rattrapait gentiment le retard dû au mois et demi de prématurité (mais lui n'avait pas ce terrible retard de croissance qui gâte la vie du Triton). Et puis notre tout petit a été opéré, on ne reverra plus sa hernie. Il sera de nouveau opéré en mai, pour sa malformation au sexe. Et on vient de le diagnostiquer atteint de « surdité bipolaire sévère » : il est sourd quoi. Il entend certains sons, il nous entend quand on l'appelle assez fort et dans les aigus, mais il va devoir être appareillé s'il veut un jour être capable de nous entendre correctement et de parler. Et puis on le voit à la taille et au poids, mes mômes sont petits et maigres ; mais ils ont beaucoup de force, ils ne tiennent pas en place, ils passent leur temps à ramper, grimper, se mettre debout, marcher à quatre pattes, tout déplacer dans l'appartement, longer les meubles en marchant. Ils ont une énergie ahurissante qui brûle peut-être un peu trop de calories : ils se dépensent trop par rapport au peu qu'ils mangent. Le Crapaud a arrêté de téter la semaine dernière ; l'allaitement maternel s'est terminé bien plus doucement qu'il n'avait commencé (je ne reviendrai pas sur toute cette période où un tire-lait électrique me vidait les seins toutes les deux à trois heures pour que je puisse emmener mon lait à l'hôpital afin qu'il soit donné à mes bébés par sonde gastrique).

La maternité gémellaire c'est ingrat. T'es tellement occupé tout le temps à gérer un môme, puis l'autre, parfois les deux en même temps parce qu'ils hurlent pour avoir ton attention au même moment, parce qu'ils ont faim ensemble, parce qu'ils s'entraînent l'un l'autre dans des pleurs infernaux. Tant de temps passé à essayer de grappiller quelques instants pour soi au lieu de « savourer » les moments passés avec eux. Sans recul, sans ces quelques instants avant de s'endormir durant lesquels on revient sur la journée et pendant lesquels on arrive parfois à quelque paroxysme philosophique, impossible de rendre justice à mes deux garçons. La journée ils me débordent, j'ai beaucoup de mal à leur pardonner ces moments de crises inutiles qui peuvent nous pourrir des jours bien commencés, c'est sans cesse la course entre les repas, les changements de couches, les habillements, les emplettes, la voiture, la poussette, les bains, le ménage, la vaisselle...
Pas le temps de se poser dans un fauteuil avec les petits pour un câlin qui ferait tout relativiser, pour se dire qu'on est heureux et chanceux de les avoir : non, ensemble dans un fauteuil, je me fais piétiner parce que chacun va essayer d'aller plus haut que l'autre en voulant monter sur le dossier, si j'en câline un, l'autre va se mettre entre nous, par jalousie, ça se termine en doigts dans les yeux, tapes sur la tête, et crises de larmes (et moi en attendant, je me suis faite piétiner, ils m'ont foutu mon moment en l'air, je me suis aussi pris des tapes et des doigts dans les yeux, et j'essaie quand même de les consoler).

Pourtant ils sont merveilleux. Tous les deux. Ils ne savent pas encore le montrer non violemment, mais ils débordent d'amour et de tendresse (les coups de boule du Triton et les morsures du Crapaud c'est de l'amour, ce sont des marques d'affection – qui en effet laissent des marques). C'était une année difficile, très difficile, physiquement, moralement, émotionnellement, mais on a réussi à faire de nos gosses des mômes gentils, curieux, intrépides, affectueux, énergiques, débrouillards. Avec une certaine tendance à la comédie pour Lancelin le Crapaud manipulateur et à l'hystérie pour Hippolyte le Triton un peu coincé dans sa bulle à cause de sa surdité. Chaque jour on voit leurs caractères s'affirmer ; la différence entre les deux est nette bien qu'ils se collent tout le temps depuis qu'ils ont clairement pris conscience de l'existence de leur jumeau. C'est incroyable de voir émerger ces fabuleuses petites personnalités. 

Mes mômes sont sublimes (intérieurement je veux dire – parce qu’extérieurement ils ont le nez tout encrouté, le body plein de gâteau et ils manquent toujours de cheveux).

C'est quoi cette affreuse main ? On dirait La Chose de la Famille Addams qui vient taper la pose. Argh, ce truc biscornu sorti de nulle part ! Mais je suis pas assez douée pour l'effacer avec Photoshop...

6 commentaires:

  1. Je suis ravie de voir que les petits vont bien - ils sont adorables. Je ne serai jamais mère, donc je ne peux pas savoir ce que tu ressens, mais dans mon entourage tout le monde s'accorde à dire que la première année est la plus difficile, que tu dois "apprivoiser" ces gosses autant qu'ils t’apprivoisent, etc, etc, je ne sais pas si c'est vrai mais en tout cas, tu sembles avoir survécu à tout ça avec brio.

    Ils ont des bouilles d'ange, et ont effectivement l'air vifs, éveillés, moi qui (en toute objectivité) me sens déconnectée des enfants, je ne peux pas m'empêcher de sourire en voyant ta photo - et honnêtement la main ne me choque pas plus que ça.

    Une bise (si tu y arrives !) à eux deux, et beaucoup de courage et d'amour pour toi.

    PS/ j'ai reçu le livre (enfin ma grand-mère m'a dit qu'il était bien arrivé), je le prendrai avec moi au Japon, merci mille fois.

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    1. Bisous transmis :)
      Je crois que la phase d'apprivoisement s'est terminé quelques mois avant leur anniversaire, mais pendant quelque temps c'était clairement ça, surtout à leur arrivée après leur long séjour en néonat'.
      Merci pour tout ! ♥
      Et de rien pour le livre, ça me fait très plaisir de te l'offrir !

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  2. Je suis avec assiduité pas mal de blogs de maman et c'est de loin le "feuillet d'anniversaire" le plus touchant que j'ai lu <3
    D'après mon expérience, la première année est la plus éprouvante. À partir de leur premier anniversaire (à quelques semaines près), le développement des mômes est exponentiel ! C'est à partir de ses 14 mois que Léon a progressé de semaine en semaine, à un rythme étourdissant. Tant au niveau moteur qu'intellectuel, qu'émotionnel... Je me souviens encore de ce jour où je l'ai surpris en train d'entasser consciencieusement de petits animaux en bois dans un cube, renverser le cube plein et recommencer encore et encore... mon mini-bébé, le têtard qui partageait (pompait) ma vie depuis un an avait changé. Ou encore ce fameux jour où Raphaël a demandé, sans y croire le moins du monde, à Léon d'aller lui chercher son sac à dos qu'il avait laissé dans la cuisine et que Léon est allé docilement lui chercher. Nous en sommes restés bouche-bée.
    Tu vas voir, les interactions avec tes fils vont se multiplier, se diversifier. Ils vont vite gagner en autonomie. Alors, ce n'est pas une année facile qui t'attend – ça c'est clair – parce qu'ils vont commencer à consciemment te tester, à parfois même être insolents (Léon rigole d'un air narquois quand je le menace du coin), à dire non par défaut... mais cette année, ton rôle de maman sera gratifiant. Parce que tu seras pétrie de fierté quand tes bonhommes diront leurs premiers mots, t'aideront à mettre le linge dans la machine, fermeront la porte quand tu prendras ta douche pour que tu n'attrapes pas froid, te caresseront la main quand tu seras triste...
    Je vous souhaite de fond du cœur une belle nouvelle année ensemble <3

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    1. Merci :)
      J'ai hâte qu'ils grandissent, qu'ils se mettent à faire tout ça. C'est vrai que quand je vois des mômes de deux et trois ans et tout ce qu'ils sont capables de faire, ça m'impressionne toujours ; mais c'est vrai qu'au quotidien c'est pas facile de prendre du recul et de voir forcément les avancées des petits. Il y a quand même des trucs qui sautent aux yeux et des surprises, mais j'ai vraiment hâte de voir tout ce qu'ils nous réservent. Et puis on a déjà un sacré coquin ici ; Lancelin et l'air narquois c'est depuis le premier "non" qu'on lui a dit (c'est une vraie tête de mule et un grand manipulateur en devenir, ça promet ^^)

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  3. Cette première année, difficile. Mais aussi intense en bons moments...
    J'espère jamais vivre la gémellité parce que tout diviser par deux et tout gérer pour deux c'est juste de la folie...

    Mais ça y est, joyeux anniversaire à ces deux infernaux ! ^^

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    1. Je ne souhaite la gémellité à personne, parce que c'est galère et que je ne peux absolument pas profiter des garçons alors qu'ils auraient besoin qu'on leur consacre du temps à l'un comme à l'autre, mais pas toujours aux deux en même temps. Mais quand les deux se ruent sur nous avec des sourires à en tomber par terre, qu'ils cherchent non pas à nous enlacer mais à limite nous engloutir, cet amour double ça n'a pas de prix :)

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