21.1.16

Le Roi des Aulnes, de Michel Tournier


Genre : roman
Date de publication : 1970
Édition : Folio
Nombre de pages : 581 

Quatrième de couverture : Cet avertissement s'adresse à toutes les mères habitant les régions de Gehlenburg, Sensburg, Lötzen et Lyck !
PRENEZ GARDE À L'OGRE DE KALTENBORN !
Il convoite vos enfants. Il parcourt nos régions et vole les enfants. Si vous avez des enfants, pensez toujours à l'Ogra, car lui pense toujours à eux ! Ne les laissez pas s'éloigner seuls. Apprenez-leur à fuir et à se cacher s'ils voient un géant monté sur un cheval bleu, accompagné d'une meute noire. S'il vient à vous, résistez à ses menaces, soyez sourdes à ses promesses. Une seule certitude doit guider votre conduite de mères : si l'Ogre emporte votre enfant, vous ne le reverrez JAMAIS !

Avis tristelunaire : J'ai beaucoup apprécié l'écriture de Tournier, c'était agréable de retomber sur de la véritable littérature. Ce serait trop long à expliquer, l'histoire est longue, intéressante, tout s'entremêle, tout se rejoint, ça a son côté philosophique et instructif tout en ayant des aspects très fantastiques et terre-à-terre. Pour donner une vague idée de l'histoire : un gus qui s'appelle Abel nous raconte son enfance, ses passions inavouées, puis sa vie quand il est prisonnier en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale, qu'il prend comme une chance de changer de vie et de passer au service d'hommes puissants, occasion d'assouvir ses noirs désirs (rien de vraiment tordu, Abel n'est pas quelqu'un de mauvais). Je n'en dis pas plus, sinon vous ne lirez jamais le roman.
Tout ceci mériterait un bon 5 étoiles, mais voilà, je ne m'attendais pas à ça. Pour moi le Roi des Aulnes, l'Erlkönig, c'est ce poème de Goethe, mis en musique par Schubert, chanté par Dietrich Fischer-Dieskau. C'est ce brise-cœur, cette merveille, cette entité superbement effrayante qui vient séduire les enfants pour les emmener dans son royaume (évidemment ça les tue, sinon ce serait pas marrant). Dans le roman de Tournier, elle est personnifiée, elle est incarnée, elle perd toute sa magie, son caractère séduisant au possible. Je n'ai a aucun moment eu les frissons causés par le lied de Schubert ou le poème seul de Goethe en lisant le roman, à aucun moment le Roi des Aulnes ne m'a fait peur. Alors que même avant que j'ai des mômes, il était la créature imaginaire que je redoutais le plus : le voleur d'enfants. Et comme Tournier nous livre les pensées d'Abel du début à la fin du roman, on le comprend le bougre, on incarne cet étrange Roi des Aulnes avec lui, il en perd tout son pouvoir.
J'ai lu ce livre au mois d'octobre mais n'avais pas encore pris le temps de lui consacrer un article alors beaucoup de choses m'ont échappé depuis. Et comme son auteur est décédé il y a trois jours (oui c'est une hécatombe en ce moment), je me disais qu'il fallait peut-être que je m'y mette.
Alors si vous voulez lire un bon roman, assez dense mais littérairement fabuleux, et si vous n'êtes pas un névrosé de l'Erlkönig de Goethe, je vous le conseille vivement.

Lui aussi il est mort (Fischer-Dieskau), il y a quelques années...
Quel monde déprimant...

2 commentaires:

  1. Je suis fatiguée : pendant 5 bonnes minutes j'ai lu "le Grand Meaulnes" au lieu du Roi des Aulnes, du coup je ne comprenais pas la quatrième de couverture. Tout va bien.

    Pour ce qui est de ce livre là, je l'ai lu il y a un petit moment déjà, au lycée je crois, et je n'avais pas aimé du tout. Déjà j'ai beaucoup de mal avec le thème du livre, que ce soit la relation du personnage avec les gosses ou son parcours en général. Après j'avais apprécié le langage et l'écriture de Tournier, mais comme toi, je suis trop attaché au Roi des Aulnes tel que je le figure dans le poème de Goethe.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Justement, ce que j'ai aimé dans ce Roi des Aulnes là, c'est qu'il aime l'enfant d'une façon vraiment particulière ; peut-on parler de pédophilie platonique ? Et Tournier arrive à nous projeter dans un récit où on deviendrait presque soi-même cette personne dont la volonté ultime est de porter des enfants, que ce soit dans ses bras ou sur ses épaules, et à faire passer ça pour normal. C'est une "déviance" très étonnante mais tout à fait saine d'après les images qui me reviennent de ma lecture. Bon, ça a quand même son côté louche...
      Et puis le Roi des Aulnes, le vrai, le personnage de légende dont s'est inspiré Goethe pour son poème, il ne doit pas embarquer les enfants pour simplement les regarder jouer à la marelle. "Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt, /Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt !" ("Je t'aime, ton joli visage me charme, /Et si tu ne veux pas, j'utiliserai la force.")

      Supprimer